leslie huin

Leslie Huin est (entre autres) ingénieure pédagogique et en tant que telle, est intervenue sur des projets MOOC depuis 2014 dans diverses structures, notamment l’Université Jean Moulin Lyon 3 et l’Université Toulouse 3. Noobelearning lui a posé quelques questions :

 

-Bonjour Leslie, peux-tu te présenter en quelques mots ?

Je travaille à l’Université Jean Moulin Lyon 3. Je suis entre autres co-responsable pédagogique de 2 MOOCs, sur lesquels j’ai également participé à la conception multimédia. J’ai travaillé autant sur le fond que sur la forme (l’intégration sur la plateforme, le montage vidéo, etc.)

 

-Des critiques récurrentes apparaissent au sujet des MOOCs et de leur faible taux d’achèvement. Comment l’expliquer ?

On est en droit de se poser la question : Y a t-‘il réellement de faibles taux d’achèvement dans les MOOCs ? Lorsque certaines personnes affirment qu’il y a eu 7% des apprenants qui ont achevé le MOOC, cela signifie qu’il y a en réalité 7% des apprenants qui ont obtenu une attestation. Mais si leur objectif n’était pas d’obtenir cette attestation, doit-on pour autant dire qu’ils n’ont pas achevé la formation ? Quel est précisément le pourcentage de personnes qui ont pour objectif l’acquisition de l’attestation ? Par exemple, sur notre MOOC, nous avions 27% des gens qui étaient intéressés par l’attestation.  Si on base notre analyse sur les inscrits, ou sur les personnes qui étaient actives, le taux de complétion n’est donc pas représentatif.. Dans les Moocs, la formation est ouverte, elle est donc ouverte à tous les objectifs, et pas uniquement ceux imaginés par les concepteurs. Avec les MOOCs, contrairement aux formations traditionnelles, l’intérêt n’est pas forcément d’obtenir une attestation ou un certificat. Certains viennent participer au forum, d’autres picorer du contenu en fonction de leur besoin… Dans le cas présent, les participants se ré-approprient le MOOC et définissent eux-mêmes leurs objectifs d’apprentissage et leur comportement.

Au-delà des objectifs, c’est également le mécanisme de sélection qui est différent. Dans une formation traditionnelle, il y a généralement une sélection en amont. Naturellement, on ne calcule pas un taux de réussite à un master par rapport au nombre de dossiers de candidatures que l’on peut recevoir ! On le calcule suivant les dossiers sélectionnés. Dans un MOOC, le mécanisme de sélection s’opère a posteriori, par le participant lui-même (par manque de temps, de compétences initiales, parce que le contenu ne correspond finalement pas à ses attentes et à ses objectifs…). On ne peut donc pas transposer les méthodes traditionnelles de calcul des taux de complétion, réussite et abandon sur les MOOC. Les abandons existent certes, mais il convient d’analyser précisément et pertinemment le contexte !

A titre personnel, j’ai suivi il y a quelques années un MOOC de l’université d’Édimbourg , mais dont le programme ne m’intéressait que sur les deux premières semaines. Je n’ai pas eu l’attestation et ce n’était pas mon objectif. Deux mois plus tard, lorsqu’ils ont publié les chiffres, il n’y avait que 4% de personnes qui avait « réussi » la formation. J’avais donc échoué… Cette vision des choses est non seulement dévalorisante pour l’apprenant mais elle est surtout dévalorisante pour l’université! Qui plus est, elle n’est pas du tout représentative de la réalité.  Il faut donc être ouvert dans les façons d’évaluer un MOOC, comprendre le principe d’ouverture, et ne pas appliquer les systèmes de calculs classiques. 

 -Dans quelles optiques peut-on utiliser un MOOC ? 

Les objectifs dépendent des institutions porteuses de MOOCs.  A l’université par exemple, nous avons un objectif de positionnement : l’Université doit garder une expertise sur les nouveaux dispositifs de formation car la formation c’est le cœur du métier ! On se positionne également sur des produits d’appel, avec des MOOCs souvent généralistes, qui vont servir d’introduction afin de susciter la curiosité et d’amener des inscriptions dans différents cursus.  Nous produisons également des MOOCs en tant que supports de formation, puisque pour certains diplômes, le cours sera dispensé sous la forme de MOOC, dans une optique de ‘blended-learning‘.  A l’Université le champ des possibles est donc finalement assez large.

Pour une société, deux choix sont possibles. Elles peuvent créent leur propre MOOC (par exemple Orange, SNCF etc.) dans une optique externe d’image mais aussi de recrutement. En effet, via ces formations, il est possible de repérer des participants assidus, participatifs et compétents, et donc de possibles candidats pour des métiers qui connaissent une certaine pénurie.

Les entreprises peuvent également les utiliser pour de la formation en interne. Elles peuvent tout aussi bien opter pour une création originale ou pour un MOOC déjà existant, sur étagère. Dans ce dernier cas, elles ont en effet accès à tout un catalogue de formations gratuites qu’elles peuvent intégrer dans leur plan de formation. Certes le contenu est générique (attention aussi à la qualité !) mais il y a un intérêt évident au niveau de la rentabilité.

 

-Quels sont selon toi les aspects à améliorer dans la scénarisation et la conception de MOOCs ?    

Dans les MOOCs, on retrouve le meilleur comme le pire, comme dans tout format de dispositif de formation finalement. On peut tout à fait faire un très bon MOOC avec peu de moyens. Le conseil que je donnerais a trait à la scénarisation. Il faut faire attention à ce que le MOOC soit un format de formation et non une finalité ! Tout ne peut pas se faire via des MOOCs.

Ensuite, il faut être créatif, et réfléchir de façon extrêmement précise à la scénarisation et à l’accompagnement. L’accompagnement est en effet selon moi le point sur lequel il faut insister. L’accent est souvent mis sur les vidéos et les quizz, mais moins souvent sur la dimension sociale et communautaire qui pourtant, se prépare. La vraie question étant : Comment faire un accompagnement individuel dans un environnement massif ?

lyon3

-En 2015, l’université Lyon 3 a lancé pour la première fois son MOOC « Introduction à la cartographie des processus métiers ». Quelles ont été les difficultés que tu as pu rencontrer en tant que co-responsable ?

En terme de produit final, on peut parler de vrai succès avec des vidéos de qualité, un vrai dynamisme dans la formation, des résultats d’attestation assez élevés par rapport à la moyenne, des retours qualitatifs très positifs suite aux enquêtes de fin de MOOC… Par contre, la gestion de projet a été difficile. On travaillait vraiment en flux tendu. Depuis, on a su améliorer notre approche et capitaliser sur nos erreurs. Un MOOC c’est un projet : il faut du temps, de l’investissement, de la méthode et de la rigueur !

 

-Quel était le profil type des apprenants ?

Le profil classique de participant chez nous est professionnel, (puisque nous avions 95% de professionnels, en activité ou non), a plutôt entre 30/40 ans, et a une fonction de cadre dans l’entreprise.  Les métiers sont assez disparates : de l’informaticien à des personnes du secteur RH, le sujet agrégeant beaucoup de personnes. Ce qui est intéressant c’est que nous avons plus de la moitié des apprenants qui viennent de sociétés de plus de 500 salariés, c’est-à-dire des personnes qui ont accès à des grosses structures de formations professionnelles mais qui pourtant vont chercher d’eux-mêmes des formations leur permettant de compléter leurs connaissances. On peut donc dire que les MOOCs permettent aux professionnels de (re)prendre en main leur formation continue en adéquation avec leur employabilité et leur carrière.