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En bientôt 18 ans d’existence, le salon Learning Technologies est devenu l’événement incontournable pour les acteurs du E-Learning. Noobelearning a eu la chance de pouvoir poser quelques questions à sa créatrice, Sally Ann Moore.

 

Comment expliquer le succès du salon Learning Technologies ?

Pour la petite histoire, nous avons été les premiers à lancer en 2000 un salon international autour du E-learning. A l’époque, le sujet était ‘hype’, j’avais énormément d’investissements des Etats-Unis et plusieurs politiques et personnalités avaient fait le déplacement: le président du Sénat était venu ouvrir le salon, Alain Madelin qui était le ministre des finances, Jacques Attali, Christine Ockrent… On a eu 7 000 visiteurs mais qui étaient un peu le résultat de cette ‘hype’. Par la suite, dès 2001 jusqu’à 2007 on a atteint un rythme de croisière avec environ 3 500 visiteurs. La France était pourtant en retard sur le sujet du E-Learning, par rapport à d’autres pays comme l’ Allemagne. D’une part parce que le E-Learning n’était pas encore pris en compte par les OPCA, et parce que le gouvernement ne l’avait pas encore favorisé. La situation s’est finalement débloquée mais d’autres concurrents étaient apparus, comme le salon SRH. En 2006, j’ai changé le nom de l’événement, il est devenu: iLearning Forum. Je voulais en effet insister sur le ‘i’ de ‘Integrated Learning‘, puisque l’on apprend tous les jours, on apprend en travaillant et on travaille en apprenant. La raison pour laquelle nous avons réussi est je pense, la qualité de nos conférences. Organiser un salon c’est une chose, mais il faut également que les visiteurs aient de bonnes raisons de se déplacer:  pas seulement voir leur fournisseur favori mais également écouter les cercles de formation et apprendre des DRH parlant de leurs expériences. Il me semblait primordial d’insister sur les études de cas et sur une simplicité d’agenda. Une salle était dédiée aux grandes entreprises, et une autre dédiée à la formation continue et à l’éducation.  Toutes les interventions étaient regroupées par thèmes, thèmes qui étaient très clairs. Aujourd’hui nous tournons autour de 5 000 visiteurs et nous sommes devenu le salon préféré des acteurs. Qui plus est, j’ai mis un point d’honneur à me spécialiser autour du E-Learning et seulement du E-Learning, et contrairement à d’autres, le forum ne s’est pas diversifié dans tous les sujets RH. Le fait que je sois aussi une ancienne chef de formation d’une très grande entreprise m’a également aidée.

 

En parlant de la qualité des conférences, quels ont été, lors de la précédente édition, les ateliers/conférences les plus suivis ? 

Pendant des années, lorsque je demandais aux visiteurs ce qu’ils avaient préféré, la réponse était toujours la même : les exemples concrets. Ils aimaient voir ce qui était réellement fait (à l’époque par les grandes entreprises, puisque seulement 10% des entreprises utilisaient le E-Learning). On voulait entendre les témoignages des clients, et c’est encore d’actualité aujourd’hui.

 

 

As-tu repéré des tendances qui se dégageaient en France?

Au début des années 2000 persistait l’idée que la formation allait opérer un virage numérique intégral et que le présentiel allait bonnement et simplement disparaître. Bien évidemment, cela ne marche pas ainsi. Les acteurs ont donc du revoir leur position et se sont intéressés au blended-learning, où se mélange présentiel et digital selon le besoin, la taille de l’audience, la matière, les attentes du personnel etc. Aujourd’hui la tendance qui m’intéresse le plus, c’est l’analyse de besoins, afin d’aligner l’investissement dans le E-Learning avec les véritables objectifs mesurables. Pendant très longtemps et même jusqu’à 2007, j’avais l’impression qu’en France, on se rapprochait plus de l’acte de foi, l’acte de complaisance vis-à-vis de la loi sur le DIF (Droit Individuel à la Formation). Aujourd’hui, on se pose d’abord la question : ‘Quel est le problème, et comment puis-je le résoudre ?’  Je suis ravie de constater qu’on commence à parler du ROE (Return on Engagement), de justifier l’investissement avec des mesures tangibles. Il y a donc une évolution stratégique très positive. Il ne s’agit plus de se faire malmener par la technologie mais bel et bien d’analyser un problème pour ensuite proposer une solution.

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Quel regard portes-tu sur l’évolution du E-Learning en France ?

Très optimiste ! Ce qui m’intéresse beaucoup sur ce marché, c’est son dynamisme actuel. Si l’on a été en retard pendant des années, ce n’est vraiment plus le cas aujourd’hui grâce aux nouveautés technologiques, aux nouvelles réglementations et lois qui sont apparues…

J’ai le sentiment que les acteurs du secteur ont reculé pour mieux sauter. Prenons l’exemple de Lexmark : ils ont créé un monde virtuel dans lequel était proposées des simulations afin que les vendeurs ne vendent non plus des imprimantes mais des solutions complètes de gestion de documentation. Les vendeurs, dispatchés sur toute l’Europe, s’appuyaient sur une application mobile où leur étaient proposés des jeux de rôle, qu’ils pouvaient par la suite envoyer à leur coach, afin d’avoir un feedback.

D‘une façon générale, je note en France une certaine créativité et débrouillardise. On arrive à produire de bonnes choses avec peu de moyens, à utiliser des technologies de façon très efficace et originale. De plus, l’institutionnel est véritablement en train de tourner la tête du côté de la formation digitale.

 

 

Créa Learning a fait le choix de la simplicité quand d’autres comme Articulate, ont fait le choix des fonctionnalités métiers. Selon toi, est-ce que les créateurs de contenu ont maintenant suffisamment de choix dans les outils auteurs à leur disposition ?

Oui, il y a désormais beaucoup plus de choix ! Il me semble que maintenant, il serait intéressant de trouver un moyen de convertir rapidement et efficacement toutes ces archives de formation en  PowerPoint en quelque chose de d’interactif et online, de façon à ce que l’apprenant puisse en  faire quelque chose.