Que signifie concrètement être concepteur pédagogique ? Noobelearning a posé quelques questions à Louis Brunier afin qu’il nous explique son travail et sa vision du eLearning.

 

Peux tu te présenter, ainsi que ton métier ?

Je suis concepteur pédagogique depuis… plus de six ans maintenant ! En tout, j’ai dû concevoir des centaines de formations eLearning pour tout type de contenus. C’est ce qui me plait dans ce métier. Dernièrement j’ai conçu des formations sur la fabrication de pains au chocolat, mais aussi sur la prospection avec LinkedIn ou encore sur les écrits administratifs… C’est un métier qui me plait beaucoup car je découvre des sujets très variés ! Je travaille en indépendant depuis quatre ans maintenant. Parfois je suis prestataire pour des agences eLearning mais je travaille aussi en direct avec des sociétés.

J’ai également l’accréditation de formateur donc je propose mes services pour former sur la scénarisation pédagogique ou sur les outils de conception.

Enfin, j’organise depuis deux ans et demi des événements eLearning sur Lyon : les meetups ! Ce sont des moments d’échanges entre professionnels, du débutant à l’ expert, tout le monde a sa place. C’est d’ailleurs comme ça que j’ai fait la connaissance de Noobe !

 

Aujourd’hui, les demandes pour des créations de contenu proviennent de grands comptes ? de PME ? D’organismes de formation ?

Il y a quelques années je concevais des formations exclusivement pour des grands comptes. Le eLearning était une solution cohérente car ils ont des populations nombreuses et souvent dispersées géographiquement. Ils avaient besoin de s’assurer que tout le monde ait accès à la même connaissance.

Aujourd’hui le eLearning s’est démocratisé. Par exemple, je travaille régulièrement avec un organisme de formation dans le secteur médical qui a moins de 50 salariés. Je les accompagne dans la production de formations eLearning. Je collabore également avec une start-up qui propose une offre de formation déployée dans le monde entier.

Le eLearning est devenu plus accessible, plus rapide à déployer. C’est aussi une solution pédagogique crédible : les personnes ont de moins en moins de réticences à se former en autonomie, via leur ordinateur ou leur mobile.

 

Quel conseil donnerais-tu  à une entreprise qui souhaiterait digitaliser sa formation ?

Vaste projet, il y aurait 1 000 conseils à donner ! Et quand bien même on donnerait 1 000 conseils, il y aurait surement des plantages. Le eLearning est une modalité de formation particulière, avec beaucoup de potentiel, mais il ne faut pas chercher à tout révolutionner immédiatement. Je conseillerais de se faire accompagner par des spécialistes pour les premiers projets. Gare aux grands discours « il vous faut ça » ou « ça c’est la solution innovante qui fonctionnera pour tout le monde »… Le meilleur moyen d’échouer est de vouloir tout digitaliser. Je conseille de s’intéresser au eLearning, de rencontrer du monde et d’essayer de se forger sa propre idée.

Quand on se lance dans le eLearning, il est difficile de savoir ce que l’on veut. Et d’ailleurs ça peut changer en cours de projet, c’est normal. Je conseille donc d’y aller pas à pas. De tester, d’avancer par itération et d’être dans un processus d’amélioration continue. Si on commence par lancer un projet coûteux, et que personne ne consulte les formations, on aura tout perdu. Il faut penser aux apprenants. C’est essentiel d’être à leur écoute car ce sont eux qui déterminent la réussite des projets. Il ne faut pas être trop timide non plus, si on lance une petite formation au milieu d’une plate-forme, personne ne se connectera. Il faut créer en continu et penser à la communication, pour générer des habitudes de formations en ligne. Ensuite les apprenants réclameront des formations en ligne !

Chez tes clients, as tu remarqué un piège récurrent qui les a freiné dans leur évolution ?

Le piège que je constate régulièrement, c’est de ne jamais publier le projet ! En effet, à vouloir trop bien faire, certains clients veulent toujours ajouter un peu de contenu, modifier un verbe, supprimer une partie, un élément graphique… Au final, pour un projet d’une durée de vingt minutes, on peut passer six mois en conception et le résultat ne sera pas forcément satisfaisant. Je conseille donc souvent d’effectuer un travail important en amont du projet, pour bien le cadrer et surtout dans la définition de l’objectif pédagogique. Que veut-on vraiment que les apprenants retiennent de cette formation ? Il est essentiel de rester focalisé sur l’objectif pédagogique. Ensuite les phases de conception et de validation peuvent aller beaucoup plus vite. Si jamais quelqu’un souhaite ajouter du contenu, ce sera soit une deuxième version, soit une autre formation. Il ne faut pas hésiter également à proposer des parcours de formations avec plusieurs modules très courts et des objectifs pédagogiques précis. L’apprenant retrouvera plus facilement l’information qui l’intéresse et on s’assure de ne pas créer une formation « fourre-tout » !