Si vous êtes à Lyon et sa région, sachez que mon ancienne fac Lyon 3 organise régulièrement les matinées du eLearning (MEL pour les intimes). La dernière s’est tenue le 6 avril dernier, et avait pour thème ‘Simuler n’est pas jouer, ou les cours en mode simulation’. L’occasion pour les participants de cet événement (gratuit je précise) de découvrir quelques retours d’expérience, dont celui de Thomas Mazeau, maître de conférences en Sciences Politiques à l’université Jean Moulin Lyon 3.

 

Pour Thomas Mazeau, cela fait plus de douze ans qu’il s’appuie sur la simulation de gestion de crise. Au départ son approche était globale et analogique et se rapprochait du modèle du simple jeu de rôle pour finalement, depuis 4 ans, s’appuyer sur le numérique, avec pour nouveaux modèles les serious games et les ARG (acronyme d’Alternate Reality Games, voir notre article sur le elearning et le transmedia). Cette transition s’appuie beaucoup sur la plateforme Moodle qui permet la fluidité de l’information et le réalisme  de la simulation, notamment dans la gestion du temps.

Le dernier exemple en date s’est destiné à plus de 300 étudiants de Master 1 Sciences Politiques et avait entre autres, comme défi de dynamiser les étudiants pendant la période de décembre-janvier, période de fin de partiels. Il était encadré par trois enseignants ainsi qu’un membre du PAPN (Pôle d’Accompagnement à la Pédagogie Numérique de Lyon 3) et se déroulait sur 5 jours pleins (à la fois en présentiel et à distance) pour accroître le réalisme.

Le scénario choisi cette année est un scénario intermédiaire (ni totalement fictif, ni totalement réel) et  avait pour sujet la crise Nord Coréenne.

 

3 phases ont été observées :

-La première phase avec notamment l’ouverture des modules (à distance, en décembre). Les étudiants prennent tout d’abord conscience du scénario. Ensuite, ils doivent répondre à un premier test, sous forme de QCM qui ouvre le reste du module et permet de choisir l’acteur qu’ils veulent incarner. Puis, ils effectuent en groupes un travail sur les ‘Position Paper’ (les fiches acteurs) pour mieux cerner le positionnement de départ. Il était donc possible d’incarner: 13 états, 4 Organisations Internationales, 1 ONG, 4 médias et 2 acteurs non étatiques.

-La seconde phase s’inscrit dans une logique de ‘blended’ afin qu’ils puissent travailler la nuit (par exemple, alimenter les réseaux etc.) , organiser et assister aux séances plénières de l’ONU, mettre en place des échanges et négociations officieuses, tenir un journal de bord ; le tout simultanément.

-La troisième phase est elle aussi organisée sur le modèle du ‘blended’. Cette dernière phase est à la fois collective et individuelle. Ils doivent en effet rédiger un bilan de groupe (travail critique) et produire également un retour d’expérience individuelle qu’ils présentent à l’oral, face à tous les autres étudiants.

 

L’expérience doit être parfaitement préparée (avec des objectifs clairs et dans la mesure du possible, aucune place laissée au hasard). C’est donc une expérience qui permet d’évaluer autant les étudiants que l’équipe pédagogique.

Elle doit également être bien structurée, les acteurs devant faire preuve de réalisme dans leurs canevas.

Qui plus est, elle se doit enfin d’être rythmée, avec une équipe d’animation dédiée. Cette équipe d’animation est elle aussi jouée par un groupe d’étudiants, ce qui permet de passer outre le rapport enseignants/étudiants, pouvant parfois être perçu comme entravant.

 

Les objectifs et résultats de cette expérience vécue comme le point d’orgue de la formation des étudiants sont divers et variés. Elle permet de mobiliser, grâce à quantité d’outils, l’intégralité des connaissances de l’étudiant, en leur donnant du relief et soulignant les lacunes qu’ils ont. Outre la mobilisation des savoir-faire, l’expérience permet également de mobiliser les savoir-être de l’étudiant, par exemple : sa créativité, sa résistance à l’anxiété, sa capacité à travailler en groupe, en somme les aptitudes qui les caractérisent en tant que futurs professionnels.

Ainsi mis en situation, les étudiants gagnent en autonomie, puisqu’ils sont les acteurs de leur formation. On observe également l’émergence d’une cohésion de groupe, ainsi que d’une réactivité (qui jusque là, dans les CM ou TD n’était pas forcément présente). A cela il faut rajouter que cette simulation est très appréciée des étudiants étrangers qui ont la possibilité de parler leurs langues.

 

Du côté des enseignants, non seulement cette expérience permet d’introduire de nouvelles pratiques mais également de combiner :

– différentes formes d’apprentissage avec l’intégralité des ressources documentaires

– des activités synchrones et asynchrones ( ces temporalités différentes obligeant à donner des priorités)

– des activités des tâches à la fois individuelles et collectives

La posture de l’étudiant est évaluée ainsi que la performance du groupe, puisque sont mis à contribution plusieurs niveaux d’évaluation (allant du simple QCM à la dissertation).

Quelques pistes d’évolution et d’amélioration du dispositif sont étudiées, notamment la possibilité d’intégrer des fake news, des informations inutiles qui seraient dispatchées parmi les ressources. Il est également envisagé de s’appuyer sur le format vidéo (type conférence de presse).


CeliaRamain

Jadis, Célia étudiait les grands auteurs. Puis elle a étudié le numérique et ses impacts sur l'audiovisuel. Après un passage dans une société de production et différentes expériences rédactionnelles, Célia s'attaque aujourd'hui au numérique et à ses impacts dans le domaine de la formation. Ajoutons à cela que Célia aime assez écrire à la 3ème personne.

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