Certains de nos contemporains ont tendance à percevoir le Moyen-Age comme un âge obscur, dominé par la religion. Cette vision quoique justifiable, ne représente pourtant qu’une infime partie de la complexité médiévale. Il nous faut déjà rappeler que le Moyen-Age recoupe près de 10 siècles (du V ème au XV ème siècle), raison pour laquelle cette période historique subit plus qu’aucune autre, tant de préjugés. Tout en sachant d’ores-et-déjà qu’une présentation détaillée (siècle par siècle) de ce qu’était la transmission de savoirs pendant cette période sera impossible, nous allons essayer d’avoir une vue d’ensemble sur les évolutions qu’a connu cette période, que ce soit au niveau de l’éducation , et de la formation.

 

Commençons tout d’abord avec l’éducation.

– Un système éducatif  long à se démocratiser

En 529 se tient le concile de Vaison stipulant que chaque prêtre a l’obligation d’apprendre à un ou plusieurs garçons le latin afin de pouvoir lire la Bible, et ce gratuitement. Malgré tout, ce premier socle d’éducation reste assez minoritaire. L’idée étant de former les futurs clercs.

Au 8ème siècle, en 789 précisément, un certain Charlemagne insiste sur l’instruction pour mieux diffuser la foi. Cependant, cette ‘admonotio generalis’ (exhortation générale) n’est pas non plus à considérer comme l’instauration d’un droit universel à l’éducation puisque seulement un à deux enfants par village est réellement impacté par cette décision. Aller à l’école est en fait synonyme de progression sociale. Là encore, ce système qui se développera jusqu’au XIème siècle, a un but bien précis : former les futurs administrateurs de son empire. Les garçons rentrent dans ces écoles monastiques à l’âge de 6 ans et apprennent dans un premier temps quelques notions d’hygiène et de morale, puis dans un second temps à lire la Bible, et à apprendre des psaumes. Enfin, les futurs moines apprennent également à calculer.

Il faut en réalité attendre le Xème siècle pour observer une démocratisation de l’éducation (quoique très sommaire) dans ces écoles monastiques. Parallèlement à ces écoles, l’essor de la classe marchande amène à l’ouverture d’écoles tenues par des laïcs (écoles qui se développent considérablement au XVème siècle).

– Des disparités

Le système éducatif médiéval est basé sur de nombreuses disparités.

Le premier degré de disparités est d’ordre géographique. En effet, à la fin du Moyen-Age une grande majorité de jeunes citadins apprennent à lire et calculer (ou écrire). Rares sont ceux qui maîtrisent à la fois la lecture et l’écriture. Par contre, le taux d’alphabétisation en zone rurale est bien moindre : moins de 10 % seulement. Quel que soit le cas de figure, il existe un poids important de la tradition orale (les sermons, les liturgies, l’iconographie etc.). Cela étant dit, on observe vers cette fin de Moyen-Âge un changement avec l’arrivée des humanistes (annonçant la Renaissance) qui commencent non seulement à partager les textes antiques comme Ovide et Virgile mais également à donner une plus grande importance au corps. Léon Battista Alberti dans son Il libri della famiglia écrit : « L’exercice peut beaucoup pour le corps, et encore plus pour l’âme si nous veillons à le pratiquer avec raison. » C’est aussi cette idée qui se dégage des écrits de G. Conversini : « Il faut toujours administrer aux élèves des notions qui sont au-dessous de leurs capacités : de même que l’estomac ne digère bien que si la quantité d’aliments absorbée est inférieure au niveau de sa satiété, de même la leçon donnée doit être inférieure à la capacité d’apprendre. Une leçon claire et non pesante s’imprime avec facilité dans l’esprit, une leçon compliquée et lourde rassasie mais ne nourrit pas… » Les débuts des neurosciences quelque part…

L’autre grande disparité est héritée du monde antique. Le Moyen-Âge ne fait pas non plus grand cas des filles. Dans le cas des écoles monastiques, la raison est assez simple, on éduque dans le but de former de futurs clercs, profession dont elles sont exclues. Certes, elles peuvent, avec des collèges de moniales, devenir nonnes. C’est d’ailleurs un avis revendiqué par Philippe de Novarre, historien du 13ème qui écrit : « On ne doit pas apprendre aux jeunes filles à lire et à écrire à moins que ce ne soit pour devenir nonne. » Au XIV ème siècle, des pédagogues comme le Chevalier de La Tour Landry leur enseignent à éviter dans la mesure du possible les garçons jusqu’au mariage, à tenir un foyer, coudre, tisser, filer, en insistant sur la future obéissance qu’elles devront un jour à leur mari.  Cela étant dit, il serait tout de même faux de penser que les filles ne reçoivent sur toute l’ère médiévale, aucune éducation. Dans le milieu de l’aristocratie, elles suivent l’enseignement d’un précepteur. Dans le milieu marchand, il est obligatoire pour elles d’apprendre à lire / écrire et compter puisque ce sont elles qui vont être amenées à tenir les comptes.

Enfin, la dernière disparité est liée au statut social de l’enfant. L’enfant de haute classe, le noble, n’allait pas à l’école (là où il aurait dû côtoyer des enfants de basse classe) mais suivait l’enseignement d’un précepteur.

 Mais le véritable fleuron du système éducatif médiéval est probablement son dispositif d’universités qui apparaissent vers la fin du XII ème siècle pour se développer au XIII ème siècle.

Les grandes écoles de la fin du XII ème siècle se transforment progressivement en universités. Elles sont nées d’une volonté d’unifier le savoir au sein de grandes villes. Ces universités vont considérablement participer à l’évolution du monde urbain. Elles tirent leur nom du terme latin ‘universitas’ qui implique une notion de communauté très forte, difficilement comparable à aujourd’hui, puisque maîtres et étudiants ne sont finalement qu’une seule et même personne morale, capable de s’opposer au pouvoir royal, urbain et même ecclésiastique. D’ailleurs, les universités disposent d’une juridiction spéciale, de privilèges et peuvent également être exemptées d’impôts et de service militaire. Prenons par exemple, la Sorbonne, fondée en 1253 par Robert de Sorbon, ancien fils de paysan devenu confesseur de St Louis. Elle dispose automatiquement de l’ autonomie accordée aux universités en 1200 par un diplôme de Philippe Auguste, confirmée 15 ans plus tard par le légat pontifical, et en 1231 par la bulle ‘Parens Scientarium’ du pape Grégoire IX stipulant que seul l’évêque de la ville pourra garantir l’ordre public au sein de l’université et non plus le gouverneur de la ville.

Il existe 4 types d’universités :

  • la faculté d’arts : les étudiants y entrent vers 14 ans et en sortent 7 ans plus tard. Y sont enseignés la rhétorique, la linguistique, les mathématiques, la grammaire, l’astronomie et la musique. Cette faculté peut être considéré comme étant préparatoire, contrairement aux trois autres, les facultés supérieures.
  • la faculté de médecine. Contrairement à aujourd’hui cette spécialisation n’est pas forcément très bien vue, et ce pour deux raisons. La première étant que les étudiants sont en contact avec des éléments jugés quasi impurs comme la chair et le sang. Ensuite, cette formation peut déboucher sur une activité finalement assez lucrative, ce qui n’est pas forcément très bien admis.
  • la faculté de droit (déjà plus prestigieuse) où est surtout enseigné le droit ecclésiastique, même si certaines universités comme celle d’Orléans enseignent le droit civil.
  • la faculté de théologie (la plus prestigieuse) qui demande tout de même 20 ans d’études !

En ce qui concerne l’origine sociale des étudiants, l’université est probablement la moins élitiste des institutions éducatives du Moyen-Age. Jacques Verger dans son ouvrage de référence Les universités au Moyen-Age paru en 1973, note que les universités de droit étaient surtout fréquentées par les classes riches, mais qu’on y trouvait également les classes moyennes, la petite noblesse, la bourgeoisie mais encore plus régulièrement des jeunes issus de familles rurales. C’est par ces étudiants, et leurs maîtres, très mobiles, qui se déplaçaient d’universités en universités, que les savoirs ont commencé à circuler à travers l’Europe, notamment aidés par la connaissance généralisée du latin.

Les universités les plus réputées sont celles de Cologne, de Bologne, d’Oxford, de Salamanque, et de Padoue. Malgré tout, Paris reste le centre du savoir universitaire à échelle européenne.

 

Et si les universités préparent et forment les futurs intellectuels de la société, il nous est également nécessaire d’évoquer l’apprentissage.

Les professions artisanales au Moyen-Age sont alors regroupées en ‘corporations’ que l’on pourrait définir précisément comme des organisations de travailleurs rassemblés afin de protéger leurs intérêts et de mettre en place une régulation de leurs pratiques. Il existe par exemple la corporation des charpentiers, des maçons, des tailleurs, des bouchers etc.

Comme les universités, la corporation est considérée comme personne morale; ce qui prime n’est pas tant l’individualisme que l’oeuvre créée.

Mais n’entre pas dans une corporation qui veut ! L’accès à ces professions ne se fait ni facilement, ni rapidement. Dans un premier temps, le maître forme, nourrit et loge les apprentis, des enfants d’approximativement douze ans, qui vont pendant trois ans, être chargés de différentes tâches. Aucun prérequis n’est demandé si ce n’est une taxe d’entrée d’apprentissage.

Puis, à l’issue de ces trois ans, l’apprenti devient alors ‘compagnon’ à qui est confié le gros des tâches, puisque celui-ci a alors acquis une certaine technicité. Néanmoins pour devenir maître, le compagnon doit réaliser un ‘chef-d’oeuvre’ dont la nature et l’exécution est étroitement surveillée par la corporation. Notons également que le temps de formation peut varier selon la volonté de certains métiers de limiter l’accès au titre de ‘maître’ et selon le talent/travail montré.

Il existe un certain droit du travail au sein de ces corporations, certaines disposent d’une mutuelle. Qui plus est, il existe une certaine protection de l’enfant. Au sommet de ces corporations se trouvent les jurés, élus par leurs confrères. Ceux-ci sont chargés de s’assurer du caractère du maître, et de s’assurer que ses ressources sont suffisantes dans la mesure où celui-ci est tenu de garantir le bon traitement de l’enfant, du sérieux de sa formation.

 

 

Pour aller plus loin :

 

 

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