Le secteur du digital learning est comme chacun sait, un secteur qui expérimente et innove sans cesse. Ces innovations s’incarnent naturellement sous la forme de nouveaux concepts; certains s’implantant durablement, d’autres disparaissant, victimes d’un impitoyable effet de mode.

 

 

  • Vite ingérés, vite oubliés par les apprenants ?

Prenons par exemple les termes de ‘rapid learning’, ‘nano learning’, voire même de ‘nuggets learning’. Autant de termes qui insistent de façon fort peu subtile sur l’aspect, eh bien, ‘rapide’ de l’apprentissage. Cette fameuse rapidité de consommation de contenus, qui, soyons honnête n’est évidemment pas cantonnée au secteur du digital learning. On la retrouve également dans le secteur du journalisme. Force est de constater que les listes et autres contenus journalistiques rédigés vite et publiés trop régulièrement ont fini par lasser les lecteurs qui se sont tournés vers des modèles plus classiques (et pourtant révolutionnaires) de reportages longs (les exemples de ‘slow journalism’ sont de plus en plus nombreux, on peut citer notamment ‘Les Jours’ ou d’autres nouveaux entrants comme ‘Cereal Mag’ ou ‘Les Others’).

En ce qui concerne le secteur du digital learning, on est également en droit de s’interroger. Le ROI est au centre des inquiétudes des professionnels, et souvent on est est tenté d’accuser l’apprenant de ne pas faire l’effort de régularité quant à cette offre de contenus pédagogiques réduits au strict minimum. Mais si justement, cette rapidité de consommation de ces formations, n’était pas ce qu’attendent les apprenants ?

Certains avancent comme arguments la nouveauté, l’apparente simplicité d’apprentissage, en somme, des arguments très marketing. Le hic, c’est que l’apprentissage, pour qu’il soit efficace sur le long terme, n’est ni simple, ni rapide. Promettre cela à ses apprenants, c’est cacher une certaine réalité. C’est par ailleurs une raison qui fait que le blended learning s’est réellement implanté, car certes tourné vers le numérique sans pour autant tourner le dos à la formation en présentiel, modèle qui a perduré pendant des siècles. Et si ce modèle a perduré pendant des siècles, c’est peut-être qu’il fonctionnait, ou que du moins, tout n’est pas à jeter dans ce qu’il implique.

 

Et du côté des ingénieurs pédagogiques ? 

Quelle est la durée de vie d’un contenu pédagogique ? Créer du contenu pédagogique prend du temps, beaucoup de temps, (entre l’analyse, la conception, le développement, l’implémentation, et l’évaluation selon le modèle ADDIE, qui reste aujourd’hui le modèle de conception pédagogique le plus fréquemment utilisé). Il serait donc légitime de faire en sorte que tout ce temps investi ne parte pas totalement aux oubliettes. Là se révèle l’intérêt d’une bonne granularisation. Nous l’avons vu dans un précédent article, une granularisation bien pensée en amont permet de ré-utiliser (oserais-je le terme de ‘recycler’ ?) des objectifs pédagogiques dans plusieurs formations.

 

Et enfin, dernier point sur lequel j’aimerais revenir : il est nécessaire d’accompagner vers le numérique. Comme l’arrivée des problématiques liées à l’environnement, l’impact du digital (ou du moins la prise de conscience dans le secteur du digital learning) est une lame de fond que l’on peut qualifier de ‘récente’. Le concept par exemple de ‘social learning’ n’est pas forcément naturel pour tout le monde. Il s’agit donc d’éduquer, d’accompagner au mieux toutes les générations dans ce bouleversement inéluctable.