Nous avons vu précédemment comment l’Antiquité Grecque envisageait l’éducation (si vous n’avez pas lu l’article, c’est ici que ça se passe). Nous allons aujourd’hui voir s’il en est de même sous la Rome antique.

 

Les premières écoles romaines datent du IIIème siècle. Jusqu’alors les savoirs dispensés étaient assez rudimentaires. C’est grâce à l’influence hellénistique que l’école se structure et se démocratise.

 

L’école ‘ludus’ est mixte et privée, contrairement à l’école grecque. Elle est située sous un des portiques du forum, en plein vent. Comme notre système actuel, les classes sont divisées selon les âges. De 7 à 11 ans, l’enfant va chez le ‘magister ludi‘, qui va poursuivre le travail de la nourrice en lui apprenant les bases de calcul (aidés de bouliers), les lettres, les syllabes. Car si la nourrice devait façonner et nourrir le corps, le magister ludi devait nourrir l’esprit de l’enfant. Quintilien, dans son Institution oratoire écrit : “ Je souhaite qu’à l’exemple des nourrices les professeurs alimentent de façon plus douce ces esprits encore tendres et qu’ils les laissent se rassasier pour ainsi dire du lait d’un enseignement plus agréable.

Néanmoins il faudra attendre le 1er siècle après J.C pour que soit envisagé, et encore, par quelques voix minoritaires, cet  ‘enseignement plus agréable’. En effet, comme l’école grecque, l’école romaine n’hésite pas à recourir aux punitions corporelles. Il était assez courant de punir les mains ou le dos de l’enfant à l’aide d’une ferula, véritable attribut du maître. Quintilien, lorsqu’il écrit dans son Institution oratoire, ‘Je n’exclus pas le procédé connu, destiné à inciter les enfants à l’étude : le recours à un jeu de figurines d’ivoire, ainsi qu’à tout ce qu’on peut imaginer pour plaire à cet âge qui aime manier, regarder, nommer.’  tient donc un discours on ne peut plus novateur.

Ensuite, de 11 à 15 ans, l’enfant laisse le magister ludi pour le grammaticus (le grammairien). Ce changement de niveau n’est pas universel, puisque les filles et les garçons pauvres arrêtent alors leur apprentissage. Les premières parce qu’elles doivent se consacrer à leurs futures obligations de ‘matrones’ et les seconds parce qu’ils sont incités à aider leurs parents. L’enfant de famille aisée apprend donc l’explication de textes (notamment des auteurs classiques comme Homère et Tite-Live), la rédaction, quelques notions de géométrie, d’astronomie, de théorie musicale et de calcul plus poussées que ce qu’il apprenait alors avec le magister ludi. Néanmoins, dans l’ensemble, l’accent est plus mis sur l’enseignement littéraire que sur l’enseignement scientifique. L’étude de grands auteurs permet à l’élève de devenir bilingue latin-grec, la connaissance du latin étant obligatoire pour toute personne voulant acquérir la citoyenneté romaine. Quintilien écrit à propos de cet enseignement secondaire : Le premier enseignement à donner à celui qui a appris à lire et à écrire, c’est celui de la grammaire. (…) Cet enseignement, qui  se divise en deux parties, la connaissance du langage correct et le commentaire des poètes, est au fond plus important qu’il n’en a l’air. Car la façon d’écrire dépend étroitement de celle de parler, et le commentaire suppose une lecture parfaitement corrigée, et il faut pour tout cela du jugement. (…) Et si le professeur n’a pas donné au futur orateur des bases solides, tout ce qu’on construira par-dessus s’écroulera.”

Rares sont ceux qui vont jusqu’au troisième cycle d’études, chez le rhetor (professeur de rhétorique), souvent enseignant d’origine grecque. Cette troisième phase d’enseignement où est mis en pratique non seulement la rhétorique mais aussi la littérature et la philosophie,  a essuyé bon nombre de critiques de par son côté éloigné de la réalité. Tacite par exemple, dans Dialogue des Orateurs, dénonce le fait qu’en se coupant de son contexte d’énonciation, la rhétorique perd de sa substance, pour devenir finalement discours d’apparat : “Mais aujourd’hui nos petits jeunes gens sont conduits aux tréteaux de ces déclamateurs qui sont appelés rhéteurs. (…) Les exercices eux-mêmes sont pour la plus grande part nuisibles. On traite en effet chez les rhéteurs deux sortes de sujets, les suasoires (sorte de plaidoiries) et les controverses : les suasoires, considérées comme plus faciles et exigeant moins de connaissances juridiques, sont laissées aux enfants ; les controverses sont attribuées aux plus capables, mais quelles controverses, ma foi ! et sorties d’une imagination délirante ! Il en résulte que l’on traite de sujets si éloignés du réel avec un style déclamatoire.” 

Dernière étape, encore plus élitiste, la poursuite d’études supérieures en dehors de Rome. Par exemple,  Athènes est réputée pour ses écoles de philosophie.

D’ailleurs, qu’en est-il de la formation des élites, des gouverneurs de provinces et des sénateurs notamment ? Dans son article ‘Formation et compétences des gouverneurs de province dans l’Empire romain’, Agnès Bérenger-Badel explique que :  ” Rendre la justice implique a priori la connaissance du droit romain. Or, la formation intellectuelle que reçoivent les élites à Rome est centrée sur la rhétorique, l’art oratoire, mais aussi le droit, qui bénéficie d’une place privilégiée. Ainsi, dans son Dialogue des Orateurs, Tacite le fait figurer parmi les trois types de carrière vers lesquelles les jeunes gens peuvent se tourner. L’importance de la science juridique dans la formation des sénateurs est soulignée par de nombreux auteurs, dont Cicéron. Toutefois, le droit, à la différence de la grammaire et de la rhétorique, ne fait pas l’objet, sous le Haut-Empire, d’un enseignement organisé ou contrôlé par l’Etat. La formation reste dominée par la tradition aristocratique, celle du tirocinium fori (apprentissage du forum). Ainsi, les jeunes gens se forment auprès de juristes chevronnés, qui bénéficient d’une reconnaissance officielle : c’est le ius publice respondendi, privilège conféré par l’empereur qui leur permet de donner des consultations ex auctoritate principis. La persistance de ce système de formation empirique implique qu’une bonne connaissance du droit ne peut être le fait que d’une petite élite qui, par relations familiales, accède à l’entourage des grands juristes.

 

Autant vous dire qu’il faudra attendre un peu avant que les formations elearning viennent démocratiser l’accès au savoir juridique…

 

 

Pour aller plus loin :

  • ‘Formation et compétences des gouverneurs de province dans l’Empire romain’ par Agnès Bérenger-Baduel, paru dans Dialogues d’histoire ancienne, vol.30, N2, 2004. https://www.persee.fr/doc/dha_0755-7256_2004_num_30_2_2680
  • ‘ Être enfant à Rome’ par Emmanuelle Valette-Cagnac, Terrain [En ligne], 40 | mars 2003, mis en ligne le 12 septembre 2008, consulté le 14 septembre 2018. URL : http://journals.openedition.org/terrain/1534 ; DOI : 10.4000/terrain.1534