Par Célia Ramain et Mohamed Mouaici.

 

La plateforme de streaming américaine a considérablement rebattu les cartes de la consommation audiovisuelle. Il est donc finalement assez légitime pour le secteur du digital learning, avide d’innovations capables de susciter l’attention et l’engagement des Millennials, de s’intéresser au phénomène. Précisément, quels sont les points forts de Netflix dont pourrait s’inspirer le secteur du digital learning ? Cette comparaison est-elle réellement pertinente ?  Pour tenter de répondre à cette question, Mohamed Mouaici, doctorant chez Tree Learning dirigeant ses recherches autour de la  conception d’un tableau de bord efficace dans le contexte de la formation professionnelle, nous donne quelques pistes.

 

Nous allons dans un premier temps, nous intéresser à la forme. Imaginons que vous vouliez créer une plateforme. De ce côté-là, Netflix pourrait effectivement être intéressant de par deux points précis de webdesign.

  • l’ergonomie : l’interface de Netflix est claire et simple, ce qui permet à l’utilisateur Netflix de trouver facilement et rapidement les contenus qui l’intéressent ou qui seraient susceptibles de l’intéresser. Mettez-vous à la place de vos apprenants : si l’interface que vous mettez en place n’est pas un tant soit peu claire et intuitive, cela ne va guère l’inciter à accorder du temps à son apprentissage (déjà qu’il peut prendre sur son temps libre).
  • le côté responsive : Cela peut paraître évident comme conseil, mais on n’est jamais trop prudent. Faites en sorte que votre offre de formation soit responsive ! (Quand on sait que le temps passé dans les transports est grandement mis à contribution par les apprenants, on ne peut plus se permettre de se limiter à l’utilisation d’un seul terminal). Netflix a dépassé depuis longtemps ce souci et permet à ses abonnés de visionner leurs contenus sur ordinateur, tablette, mobile etc.

 

 

Cela étant dit, nous allons passer au point principal, celui du fond, car c’est bien de cela dont il s’agit.

L’ accompagnement personnalisé : C’est une des grandes forces de Netflix, pour ne pas dire LA grande force. A partir de vos choix de séries/films, l’algorithme de Netflix va vous suggérer des contenus similaires et/ou complémentaires. Et c’est précisément ce point qui intéresse tout particulièrement les professionnels de l’EdTech et du Digital Learning, car ce point n’est pas sans rappeler les réflexions autour de l’Adaptive Learning.

Les apprenants ont des préférences différentes, des besoins qui évoluent avec le temps, et en fonction de ce qu’ils ont acquis avant et comment ils l’ont acquis. Plusieurs études ont démontré que la personnalisation des parcours permet d’obtenir de meilleurs résultats d’assimilation, de consolidation et de l’apprentissage des apprenants.

Lorsque l’apprenant est bien assisté, par exemple avec une approche ‘One-to-one’, où un professeur va l’accompagner individuellement, il réussit mieux. Néanmoins, cette approche nécessite des moyens considérables. D’où l’intérêt des parcours personnalisés, puisqu’ils permettent à l’apprenant d’être au cœur du dispositif et donc de progresser en fonction de son niveau, de sa capacité d’apprentissage mais aussi de ses habitudes et de ses préférences. On n’apprend pas tous de la même manière, on a tous des habitudes d’apprentissage différentes, des compétences différentes, et des objectifs d’apprentissages qui ne sont pas forcément les mêmes. Les parcours personnalisés permettent à l’apprenant d’éviter les frustrations ou l’abandon que l’on peut observer chez les apprenants qui suivent tous le même parcours.

Un bon moyen par exemple de personnaliser les parcours des apprenants est de recourir à des tableaux de bord. Pour rappel, un tableau de bord est généralement un outil qui regroupe différents indicateurs sur les apprenants, leurs processus d’apprentissage et/ou leurs contextes d’apprentissage dans une ou plusieurs visualisations.

Grâce aux données factuelles fournies par cet outil, un enseignant perçoit mieux les différentes situations, et en retire les bonnes décisions. En somme, il peut adapter son cours, ou l’adapter seulement pour certains apprenants. Pour l’apprenant, le tableau de bord constitue un bon moyen d’auto-régulation (d’adaptation par lui-même de son parcours) car ils peuvent alors  suivre leur progression, leur évolution en compétences et de détecter parfois les anomalies potentielles dans leurs parcours d’apprentissage.

 

Pour simplifier : si l’apprenant ne va pas à la formation, faire en sorte que, grâce aux parcours personnalisés, la formation aille à l’apprenant.

 

 

Néanmoins, s’il est vrai que sur certains points les professionnels du Digital Learning peuvent regarder du côté de Netflix, on peut tout de même douter de la pertinence de cette comparaison Netflix/ Digital Learning que l’on doit, ne nous mentons pas, aux professionnels du marketing. 

– Avec l’algorithme, quelle place est accordée à la diversité de contenus ? D’ailleurs, toutes les plateformes ne sont pas susceptibles d’avoir une telle quantité de contenus à la base, ou du moins d’avoir des formations bien granularisées, ce qui permettrait de piocher selon les besoins de l’apprenant .

– L’apprenant est-il suffisamment objectif sur ses connaissances de base, sur ses futures conditions d’apprentissage ? Ne perdez pas de vue que contrairement à Netflix, domaine du divertissement par excellence, le processus d’apprentissage implique des efforts à fournir, et parfois sur le long terme. Mettre l’apprenant au centre de son processus peut être un pari risqué.

– Le secteur du digital learning est il prêt à changer drastiquement sa façon de produire du contenu (puisque je le rappelle, Netflix ne se contente pas de diffuser ses contenus, il les produit. Pensons par exemple à Stranger Things et Orange is the New Black) ? A ce propos, je vous suggère de lire cet article : ‘Can we produce a MOOC like a television series ?’

– Vanter un modèle qui certes réussit à capter l’attention de son utilisateur mais l’enferme dans une certaine passivité (sauf si vous êtes adepte du ‘Netflix and Chill’ petits fifrelins) est-il réellement pertinent ? Le terme de ‘binge watching’, associé à Netflix est évocateur : il s’agit de ‘gavage télévisuel’. Il y a là donc un véritable contresens à essayer de mettre sur le même niveau le digital learning et le géant américain.

 

 

Pour aller plus loin :